Quel impact des changements globaux sur les insectes ?

Les insectes jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes et notamment au jardin. Mais les changements globaux du climat et des pratiques horticoles peuvent entraîner des déséquilibres et des pullulations d’insectes indésirables. Gérard Duvallet, entomologiste et professeur émérite à l’université de Montpellier nous éclaire sur les évolutions de comportements des insectes en lien avec les changements globaux.

Quelle est l’importance des insectes dans la biodiversité ?

« Elle est essentielle puisque les insectes représentent 57 % de la biodiversité de la planète ! Mais les changements globaux au niveau de la planète ont un impact sur la biodiversité. On entend par changements globaux les changements climatiques, les changements de destination des terres, les pollutions… »

doryphore pondant des oeufsQuel est l’impact de ces changements sur les insectes ?

« Depuis l’ère industrielle, la disparition des espèces a pris une courbe exponentielle. On estime que 44 000 espèces d’insectes ont déjà disparu au cours des 600 dernières années. Les scientifiques cherchent actuellement à identifier les causes de l’extinction massive des abeilles et des insectes pollinisateurs. Des travaux récents indiquent que le réchauffement climatique entraînerait l’extinction de 15 à 37 % des espèces de la planète d’ici 2050. On a assisté aussi à une évolution des aires de distribution : on considère que 40 % des espèces ont progressé vers les pôles de 6,1 km par décennie en moyenne au cours du XXe siècle. »

Quels exemples liés au changement climatique concernent les jardins ?

« Au cours de la dernière décennie, on a pu constater l’extension vers le nord de la processionnaire du pin dont la distribution n’est désormais plus limitée que par ses capacités de dispersion et par la présence des pins. En Angleterre, on a également pu relever précisément l’extension vers le nord de plusieurs papillons ».

 

Et des invasions liées à l’homme ?

Paysandisia archon : Papillon mâle adulte« Au jardin, un exemple bien connu est celui du doryphore, Leptinotarsa decemlineata. Ce coléoptère originaire d’Amérique du Nord s’est adapté en Amérique d’abord puis en Europe sur la pomme de terre importée des régions andines. Après plusieurs tentatives d’invasion dès 1877, c’est en 1922 qu’une population s’est installée au nord de Bordeaux, et l’Europe entière était envahie en 1960. Les dégâts furent considérables en termes économiques. Un autre exemple historique est celui du phylloxéra de la vigne, homoptère originaire également des Etats-Unis, et qui a mis en péril le vignoble européen à partir de 1863. Il a fallu plus de trente ans pour surmonter cette crise, en utilisant des porte-greffes issus de plants américains naturellement résistants au phylloxéra ».

Rhynchophorus adulte profil droitEt des invasions plus récentes ?

« Les espèces d’insectes invasives récentes sont nombreuses, comme le papillon des palmiers, Paysandisia archon, originaire d’Argentine, qui a détruit de nombreux palmiers dès les années 2000, et le charançon rouge du palmier Rhynchophorus ferrugineus originaire du sud-est asiatique, qui est l’un des ravageurs principaux du dattier. Arrivé en France en 2006, il a poursuivi les dégâts de P. archon. Seul Chamaerops humilis, un palmier d’origine locale, semble résister. Il y a aussi le frelon asiatique Vespa velutina, originaire d’Asie du Sud-Est et découvert en Lot-et-Garonne en 2004. Il s’est répandu assez rapidement dans tout le sud de notre pays, suivi particulièrement par les apiculteurs en raison des dégâts provoqués aux ruches. »

Vespa velutina à l'entrée d'une rucheQuel peut être le rôle des hommes et des jardiniers ?

« Les invasions biologiques sont le plus souvent liées à l’action de l’homme et à ses déplacements intercontinentaux. Elles sont facilitées par le changement climatique et par certaines pratiques horticoles ou d’échanges de plantes. Les jardiniers ont aussi une part de responsabilité dans la propagation des moustiques, et en particulier des moustiques tigres. Il est recommandé de ne pas avoir d’eau stagnante dans des boîtes de conserve, des pots… Dans le cas d’une mare ou d’un bassin, il faut recréer un écosystème vivant avec des notonectes, des têtards, des poissons… Les jardiniers doivent préserver les abeilles, les larves de coccinelles, les parasitoïdes, en évitant les insecticides et en utilisant des produits doux comme les huiles, le savon noir, quitte à faire plusieurs applications… Les jardiniers eux aussi peuvent contribuer à préserver la biodiversité. »

Interview réalisée par Agnès Guillaumin

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