Biodiversité et plantes envahissantes: Les chardons

Le maintien de la richesse de la diversité biologique végétale implique la conservation de toutes les espèces et des écosystèmes à la vie desquels elles participent. Cependant, certaines espèces envahissantes nécessitent un contrôle strict de leur développement. Ignorer cette règle  serait s’exposer à un non-sens écologique, économique, et nuire à la santé humaine. Le chardon des champs, aussi appelé Cirse des champs, Cirsium arvense, peut être considéré, sous notre climat, comme emblématique de ce dilemme.

Le chardon est une plante herbacée vivace indigène de nos contrées appartenant à la famille des Astéracées. Sa floraison s’étend de juillet à septembre. On le trouve naturellement dans les friches, en bordure des zones cultivées, des zones forestières et  des cours d’eau. Cette plante est “malheureusement” dotée de formidables facultés d’expansion vers les zones cultivées, expliquées par plusieurs facteurs:
– La plante est quasi-indifférente à la nature du sol. Toutefois sa tendance nitrophile explique son aptitude à coloniser les zones cultivées, souvent riches en nitrates.
– L’espèce se reproduit par graines dotées d’ornementations, les aigrettes, qui favorisent la dispersion par le vent, l’homme et les animaux, et contribue ainsi à l’implantation de nouvelles colonies, tout en maintenant la diversité génétique au sein de l’espèce. (Avec plus de 5000 graines par plante, des scientifiques ont montré que seulement 3 à 5 % des graines donnaient naissance à de nouvelles plantes)
– Le chardon se reproduit également par voie végétative, à partir des drageons issus de ses racines horizontales tandis que les réserves s’accumulent dans des racines profondes (jusqu’à 1 mètre). Ce mode de propagation explique le développement localisé par taches.

Le travail du sol, provoquant une segmentation des racines, contribue fortement à la reproduction de la plante. Le développement des chardons est considéré comme problématique par les agriculteurs car il porte préjudice à leurs récoltes. La règlementation européenne oblige les agriculteurs à stopper mécaniquement, voire chimiquement la fructification du chardon. Depuis quelques années, la faible présence de ce dernier dans les zones cultivées ne justifiait aucune intervention mécanique ou chimique. Sa prolifération en dehors des exploitations menace cette quiétude. La pratique de la gestion différenciée des espaces publics, en particulier des bords de routes et chemins, avec les retards, voire l’absence de fauche, conduit à un développement non maîtrisé des chardons dans nos jardins, et ainsi à une dégradation de la situation.

Les agriculteurs craignent d’être contraints de reprendre la lutte herbicide, un non-sens flagrant au moment où tout est mis en œuvre pour la réduction de l’usage des produits phytosanitaires. Cependant, des mesures préventives de lutte obligatoire peuvent être mises en place par les Préfets, en application de l’arrêté du 31 juillet 2000. Ces dispositions intègrent généralement un calendrier d’application précisant la période à risque. La lutte mécanique consiste essentiellement à :

– réduire le risque de propagation par les graines issues des fleurs

– limiter la capacité de multiplication végétative par épuisement progressif des réserves racinaires de la plante

La période optimale d’intervention se situe en mai-juin, avant floraison, au stade 2 à 4 feuilles. L’écimage des fleurs est aussi possible mais moins efficace et beaucoup plus risqué: réalisé trop tôt il favorise une seconde floraison de la plante, trop tardivement il laisse le temps aux capitules les plus précoces de larguer leurs graines.
Nous sommes loin du mythe du retour à un soi-disant équilibre naturel ! Soyons vigilants et ayons, en toute connaissance de cause, un comportement citoyen respectueux des intérêts des autres qui sont aussi nos intérêts !

Michel Javoy – SHOL Société d’Horticulture d’Orléans et du Loiret

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