Spinosad une matière active présente dans des produits de biocontrôle très utile au jardin

Au deuxième semestre 2019, l’ANSES a accordé la mention EAJ (Emploi autorisé dans les jardins) à des produits phytosanitaires contenant une substance active d’origine biologique à effet insecticide, le SPINOSAD.

Cette substance, possiblement présente en petite quantité dans le milieu naturel, est secrétée par une bactérie vivant dans le sol : Saccharopolyspora spinosa. L’usage insecticide de ce produit a été découvert en 1982 et a fait l’objet d’une première utilisation légale en 1997 aux Etats-Unis. Son usage a été autorisé au sein de l’Union européenne en 2008 et d’abord réservé aux usages professionnels en agriculture biologique (AB).

L’effet insecticide du SPINOSAD se manifeste par contact et ingestion sur les larves et les pupes de nombreux insectes qui cessent de s’alimenter et meurent rapidement.

Cette nouvelle extension EAJ à l’autorisation de mise en marché (AMM) a pu se réaliser en raison de la faible toxicité générale du produit qui ne présente pas de dangerosité particulière lors de sa manipulation. Aux doses préconisées, le produit est considéré comme non dangereux pour l’Homme, les mammifères, les oiseaux et les vers de terre.

En France cette substance active est commercialisée, à ce jour, pour les jardiniers amateurs, sous divers noms commerciaux. Il existe deux formulations correspondant à des usages différents :

  • SUCCESS sol, sous forme de granulés pour le traitement des sols permettant de lutter contre les ravageurs du sol, en particulier les taupins sur pomme de terre, carotte et betterave potagère ainsi que les larves de mouches de la carotte.
  • SUCCES VD Jardin, MUSDO VD Jardin, SPINOSAD Jardin et aussi d’autres noms commerciaux faisant référence à la cible visée comme « Insecticide doryphore ». Dans tous les cas il est essentiel de rechercher la substance active « SPINOSAD ».

Les produits sont formulés sous forme de suspension concentrée pour le traitement des parties aériennes des plantes contre des insectes cibles. Les insectes visés sont principalement les chenilles phytophages, les coléoptères phytophages, les thrips sur un très grand nombre de plantes : tomate, poivron, laitue, melon, concombre, fraisier, fines herbes et plantes aromatiques, artichaut, choux, pomme de terre, maïs doux, haricots et pois, ainsi que toutes les plantes florales, plantes vertes, arbres et arbustes ornementaux. L’emploi de ces produits est également autorisé sur vigne pour la tordeuse de la grappe, les chenilles et les mouches.

Larves de taupin et galeries dans un tubercule de pomme de terre © Y. Blot
Larves de taupin et galeries dans un tubercule de pomme de terre © Y. Blot
Doryphore adulte © Gilles Carcassès
Doryphore adulte © Gilles Carcassès

L’utilité au jardin potager comme au jardin ornemental est donc indéniable. L’usage du produit granulé pour le traitement des sols ne souffre pas de restriction particulière. En revanche, la bonne utilisation de la formulation pour le traitement des parties aérienne des plantes requiert quelques connaissances supplémentaires sur les limites d’utilisation et sur sa stratégie d’application.

En premier nous noterons son inefficacité sur les insectes piqueurs suceurs, principalement au jardin : les pucerons, les aleurodes et les cicadelles. En second, sa nocivité sur un grand nombre de prédateurs et parasitoïdes, notamment les parasitoïdes de pucerons et d’aleurodes (mouches blanches) naturellement présents dans le jardin ; Toutefois il a été observé que le produit est peu toxique sur les coccinelles et les chrysopes.

Sa toxicité pour les abeilles, les bourdons et probablement d’autres pollinisateurs requiert également de ne pas traiter sur des plantes en période de floraison.

Cependant la nature même de ce produit, la connaissance de son efficacité et des limites de sa nocivité en font un produit idéal pour un emploi dans une stratégie de protection raisonnée des plantes au jardin. Cette stratégie combine harmonieusement la priorité donnée aux auxiliaires naturellement présents dans le jardin avec un minimum de traitements localisés en présence constatée d’insectes dans le but de rétablir un équilibre en faveur des auxiliaires naturels. N’oublions pas qu’un insecticide, même de la catégorie des produits de biocontrôle, reste un produit chimique toxique et qu’il convient d’en faire un usage limité et bien ciblé.

Les nombreuses études réalisées sur le SPINOSAD mettent en exergue quelques caractéristiques supplémentaires largement en faveur de son utilisation possible en stratégie de protection raisonnée :

  • Le produit pénètre dans les feuilles, sans y être véhiculé (action translaminaire). De ce fait seule la partie touchée par la pulvérisation est protégée et il n’est pas indispensable de traiter le dessous des feuilles.
  • L’efficacité est rapide et fugace. Cette faible rémanence permet rapidement à la faune auxiliaire de s’installer à nouveau après un traitement. En revanche cette faible rémanence impose de traiter au moment le plus opportun pour en espérer une efficacité optimale. Le traitement du soir nous paraît s’imposer pour deux raisons : être en phase avec la consommation des chenilles et des larves de coléoptères défoliatrices, très souvent nocturne et permettre à la suspension déposée sur les feuilles de sécher moins rapidement.

Le prix à l’achat de ces produits peut être considéré comme étant élevé ; mais utilisés dans le strict respect des doses et des conditions d’emplois dans une stratégie de protection raisonnée, le coût à l’usage est modéré au regard de son efficacité dans la protection des plantes contre des ravageurs majeurs de nos jardins.

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