La flavescence dorée, une maladie émergente de la vigne

On a beaucoup entendu parler dans l’actualité récente de ce viticulteur bourguignon en procès pour avoir refusé de traiter ses vignes. L’information brute méritait un approfondissement. Philippe Reignault (expert du Comité Scientifique de la SNHF) nous apporte un éclairage technique et réglementaire sur cette maladie de la vigne.

La flavescence dorée : une maladie de la vigne majeure provoquée par un phytoplasme et disséminée par un insecte

Symptômes

La flavescence dorée est une maladie de la vigne identifiable par plusieurs symptômes, qui apparaissent le plus souvent après la véraison. Ils peuvent apparaître plus tôt, vers la floraison, dans des vignes fortement contaminées. Typiquement, sur les feuilles, une teinte rouge apparaît sur les cépages rouges et une teinte jaune sur les cépages blancs (c’est à cette dernière que la maladie doit son nom). Les premiers symptômes peuvent apparaître fin mai ou début juin : une croissance ralentie, un enroulement des feuilles sur les bords et une rigidité de ces feuilles, une teinte jaune crème des nervures principales, un raccourcissement des tiges et un port de type pleureur de la vigne. C’est en été que les inflorescences se dessèchent complètement, que les rameaux non-aoûtés restent mous et que les colorations foliaires caractéristiques des cépages rouges ou blancs apparaissent. Une mortalité des inflorescences ou un flétrissement des baies se manifeste, en fonction du degré de précocité de l’attaque. Ces différents symptômes peuvent être localisés sur tout ou partie du cep qui finit par mourir, même si des cas de guérison de ceps ont été rapportés sur des cépages particuliers.

Agent infectieux et vecteur

L’agent infectieux responsable est le phytoplasme Candidatus Phytoplasma vitis. Il est localisé dans le phloème de la vigne, où il se multiplie.
Ce parasite se multiplie également et circule dans un insecte, la cicadelle de la vigne (Scaphoideus titanus), originaire des Etats-Unis, qui se développe spécifiquement sur cette culture et est responsable pour une grande part de la dissémination au vignoble du phytoplasme. En revanche, les dégâts directs sur la plante provoqués par les piqûres des larves et des adultes de la cicadelle sont négligeables.
Les causes d’introduction du phytoplasme dans un vignoble sont la plantation de pieds contaminés et bien sûr la dissémination par la cicadelle de la vigne.La maladie se développe par foyers et peut se propager rapidement en fonction des conditions climatiques plus ou moins favorables pour l’insecte. Il est estimé cependant que le nombre de pieds malades est multiplié par 10 par an en conditions favorables.

Enjeux du diagnostic

Le diagnostic visuel doit impérativement être confirmé par un test moléculaire de type sérologique (ELISA), il est désormais de type moléculaire (PCR) et réalisé par un laboratoire de l’Anses ou un autre laboratoire habilité. La méthode PCR, développée par le laboratoire départemental de Macon avec l’INRA de Bordeaux  est la seule technique utilisable pour les contrôles officiels à ce jour en France.

En effet, certains symptômes similaires peuvent se manifester du fait de carences du sol en oligo-éléments (magnésium, manganèse, bore, fer),d’attaques par d’autres cicadelles (cicadelle verte, cicadelle des grillures) ou d’une autre maladie à phytoplasme comme celle dite “du bois noir”.
De plus, les symptômes ne sont pas visibles l’année de l’infection, mais l’année suivante et parfois plusieurs années plus tard. Ces périodes d’incubation font que des pieds apparemment sains peuvent héberger le phytoplasme.

Dommages et importance

La flavescence dorée provoque des pertes importantes : la totalité de la récolte peut être détruite si les grappes ou les inflorescences ont présenté des symptômes. De plus, elle met en danger de façon parfois irréversible la pérennité d’un vignoble, puisqu’à terme le phytoplasme provoque la mort du cep.

Il existe cependant une certaine variabilité des dégâts en fonction de l’importance de la maladie dans un vignoble donné, de la vigueur du pied attaqué (stress hydrique, carence) et du cépage (Par exemple, Cabernet Sauvignon et Sauvignon sont beaucoup plus sensibles que Merlot et Sémillon).
En France, si la maladie est apparue en Aquitaine en 1955 et se limitait traditionnellement dans la moitié Sud de la France en Lanquedoc-Roussillon, Aquitaine et Midi-Pyrénées, elle a également atteint les Bouches-du-Rhône et la Bourgogne. Elle est également bien installée au Nord de l’Italie et n’a cessé de s’étendre en Europe depuis les années 80.

La flavescence dorée : un organisme de quarantaine objet d’une lutte obligatoire

Le phytoplasme responsable de la flavescence dorée est répertorié comme organisme de quarantaine au niveau européen : il est considéré comme ayant une importance potentielle pour la filière viticole et comme n’étant pas encore largement disséminé ; la lutte dirigée contre ce parasite est obligatoire en tous lieux et de façon permanente. La lutte officielle qui est menée en France depuis 1987 correspond à la mise en application de réglementations et de procédures phytosanitaires avec pour objectifs son éradication ou l’enrayement de sa dissémination. En 1994, cette lutte a été étendue des pépinières et des vignes mères aux vignes de production et aux vignes abandonnées. Par ailleurs, la cicadelle de la flavescence dorée est également un organisme nuisible de lutte obligatoire, mais limitée dans le temps et sur une zone déterminée. L’arrêté ministériel de lutte obligatoire du 19 décembre 2013 relatif à la lutte contre la flavescence dorée de la vigne et contre son agent vecteur rappelle l’obligation de cette lutte.
C’est par arrêté préfectoral que la lutte est obligatoire dans toute zone déclarée contaminée (c’est à dire la commune contaminée et les communes limitrophes) y compris pour les particuliers et les collectivités locales. Ses modalités sont fixées tous les ans. Elles comprennent l’arrachage et la destruction par le feu des ceps contaminés. Le brûlage permet en plus d’éliminer des œufs de cicadelles présents sur le vieux bois. Il est indispensable d’éviter la possibilité de repousse puisque le porte-greffe qui ne présente en général aucun symptôme, est contaminé lorsque le cep est malade.

La lutte implique également la destruction de la parcelle entière lorsque plus de 20 % des ceps sont atteints ainsi que celle des vignes abandonnées et la lutte insecticide contre la cicadelle vectrice. L’utilisation de plants sains n’est pour l’instant pas une obligation nationale, sauf dans les secteurs reconnus comme “zones protégées” vis-à-vis de la maladie. Elle peut être imposée dans des périmètres de lutte obligatoire (PLO) par arrêté préfectoral si l’analyse de risque conclut à sa nécessité, ou par les décrets d’appellation (décision professionnelle).

 

Il n’existe pas de méthodes de lutte directe contre le phytoplasme et cette lutte, essentiellement chimique, est donc dirigée contre le vecteur, la cicadelle de la vigne Scaphoideus titanus.
Les méthodes culturales de type préventif participent à la limitation de l’extension de la maladie.

Ainsi, c’est parce que des vignes abandonnées peuvent constituer un réservoir infectieux pour les vignobles voisins qu’il est impératif de les détruire. De même, l’apparition et l’extension de foyers isolés peuvent être évitées par un repérage rapide suivi de l’arrachage et la destruction des pieds atteints. Enfin, une approche prophylactique consistant à brûler les bois de taille de plus de deux ans qui sont porteurs d’œufs de cicadelles est recommandée.
La lutte systématique conventionnelle repose sur 3 traitements insecticides à des dates définies (1 mois après les premières éclosions des œufs de cicadelles, puis en fin de rémanence du premier insecticide et enfin en période visant les adultes venant d’autres vignes). Concrètement, une surveillance au niveau local est mise en place par le SRAL et la FREDON via le suivi d’un réseau de piégeage des insectes. Dans le cadre de l’arrêté préfectoral, un ou plusieurs traitements peuvent être rendus facultatifs sous réserve de suivis du vignoble et du vecteur. La déclaration de symptômes de type jaunisses auprès des DRAAF-SRAL chargés de la protection des végétaux est obligatoire sur l’ensemble du territoire national pour tout détenteur de vigne.

Il existe actuellement 14 substances actives et 93 spécialités chimiques homologuées contre la cicadelle de la flavescence dorée en France. Ces substances actives appartiennent à la famille des pyréthrinoïdes de synthèse ou à celle des organophosphorés.
Les trois traitements obligatoires posent naturellement des problèmes en agriculture biologique, pour laquelle les moyens de lutte chimique contre la cicadelle vectrice sont particulièrement limités. Jusqu’en 2009, seule la roténone était inscrite au cahier des charges de l’agriculture biologique pour lutter contre Scaphoideus titanus. Malgré ses nombreux inconvénients (impact sur la faune auxiliaire, toxicité pour les animaux et à long terme pour l’homme, efficacité faible) les viticulteurs « bio » ne pouvaient utiliser que cette seule substance. C’est en 2009 que la roténone est retirée des substances autorisées.
Pour ce type d’agriculture, une seule spécialité, à base de pyrèthre naturel, est désormais homologuée : le Pyrévert. L’emploi de tout autre insecticide fait perdre la certification « agriculture biologique », même dans le cas où la parcelle concernée se trouve dans un périmètre défini de lutte obligatoire dit « PLO ». Malheureusement, cet insecticide à large spectre possède lui aussi un impact potentiel sur la faune auxiliaire, dont la préservation constitue un des fondements de l’agriculture biologique.
Les traitements en zone obligatoire sont décalés en Agriculture Biologique : le pyrèthre naturel ayant une efficacité moins importante sur les cicadelles adultes que sur les larves et étant très peu rémanent, les dates des premiers traitements, à vocation larvicide, sont spécifiques, afin notamment de pouvoir réaliser 3 traitements à 8-10 jours d’intervalle sur les stades larvaires.
Plusieurs moyens de lutte alternatifs sont mis en avant par les producteurs opposés aux traitement chimiques : des terres de diatomées, de l’argile de type kaolinite calcinée, des pièges à cicadelles oranges dont la couleur les attire, des épandages de pailles d’avoine qui éloigneraient les cicadelles en réfléchissant la lumière.  Parmi ces différents moyens, seule l’utilisation de la kaolinite calcinée a montré une efficacité répulsive intéressante et mesurable, mais à des doses trop importantes pour un coût encore acceptable.

Peut on obtenir des dérogations  aux traitements préconisés ?

D’un point de vue strictement légal, s’agissant d’un parasite de quarantaine, l’intérêt général – au travers de la protection des cultures et de la sécurisation des productions – défendu par la réglementation aux niveau national et communautaire prévaut sur toute démarche particulière, indépendamment du respect d’un cahier des charges. La réglementation peut bien sûr avoir vocation à évoluer, dans le cadre de l’analyse des risques encourus et des mesures coût/bénéfices des luttes employées et en conséquence de l’avancée des connaissances dans les différents domaines concernés. Pour autant, les agriculteurs, les particuliers ou les collectivités, qu’ils pratiquent l’agriculture conventionnelle, l’agriculture raisonnée ou intégrée, l’agriculture biologique ou la biodynamie, ne peuvent se soustraire aux obligations réglementaires actuelles.

La méthode PCR ,développée par le laboratoire départemental de Macon avec l’INRA de Bordeaux est la seule technique utilisable pour les contrôles officiels à ce jour en France: http://www.vitis-vea.de/admin/volltext/w1%2009%201258.pdf.

Sources :

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