L’urine contient de nombreux composés organiques et inorganiques, issus du métabolisme humain. Parmi ses principaux éléments, on retrouve l’azote (≈ 5 g/L), le phosphore (≈ 1,5 g/L) et le potassium (≈ 1 g/L). Or, ces trois nutriments sont précisément ceux dont les plantes ont besoin pour croître.
Dans une logique d’économie circulaire et de réduction des intrants au jardin, il paraît donc naturel de s’intéresser à l’utilisation de l’urine comme fertilisant. D’autant plus qu’un individu produit en moyenne 500 litres d’urine par an : une ressource gratuite et à fort potentiel. Malgré cette évidence il convient de l’utiliser avec parcimonie en respectant quelques prérequis… Un principe fondamental est que l’urine ne doit jamais être utilisée fraîche ni non diluée : elle doit obligatoirement être stockée avant toute utilisation préalable.

Le réemploi de l’urine…un savoir-faire qui ne date pas d’hier
L’urine a fait l’objet de nombreuses utilisations au fil des siècles, elle a été utilisée pour soigner les plaies, prévenir d’une infection et même pour son pouvoir dégraissant en raison de sa forte teneur en ammoniac.
Dans le secteur agricole, l’urine est utilisée depuis des millénaires et sur tous les continents, comme fertilisant pour ces teneurs en éléments organiques assimilables par les plantes. Il n’y a pas si longtemps que ça, au 20ème siècle, de nombreuses villes d’Europe utilisaient les urines et fèces humains pour fertiliser les terres agricoles péri-urbaines.
Comment utiliser l’urine au jardin ?
L’utilisation de l’urine au jardin ne fait pas consensus auprès de tous les jardiniers. En effet elle peut présenter des risques de pollution et de salinisation des sols.
La manière d’utiliser l’urine au jardin dépendra du type et du stade de culture (tableau ci-dessous). Quelle que soit la méthode choisie, il est recommandé de ne pas dépasser 2 L d’urine pure par m² et par an. En fonction de la quantité collectée, plusieurs modes d’application sont possibles :
- Comme fertilisation liquide dans l’eau d’irrigation : pour se faire il est nécessaire de diluer l’urine avant l’utilisation. Les préconisations de dilutions varient en fonction de études et des plantes cultivées de 10 à 20 dilutions pour 1 volume d’urine. Appliquer à plusieurs reprises au cours de la saison de culture en fonction des plantes cultivées (tableau ci-dessous), une période de 10 jours minimum doit être respectée entre deux applications.
- Dans le compost MÛR : l’arrosage du compost avec de l’urine fraiche peut être réalisée au début du printemps afin de relancer l’activité microbienne. Cette pratique pourra être renouvelée au cours de l’année dans le cas d’un compost peu riche en azote (compost de déchets verts). Pour éviter les mauvaises odeurs, il est important de réaliser des retournes régulières du compost et de ne pas arroser.
Biodisponibilité de l’azote / complémentarité compost et urine
L’urine ne remplace en aucun cas les amendements tels que le fumier ou le compost. La forme de l’azote contenue dans l’urine est rapidement assimilable par les plantes, généralement dans la semaine suivant l’application. À l’inverse, le compost et les fumiers libèrent l’azote plus progressivement dans le sol. Ces apports doivent donc être considérés comme complémentaires.
Comme pour toute fertilisation azotée, il ne faut pas surdoser les apports, au risque de favoriser un développement excessif des racines au détriment des feuilles et des fruits.
Comment collecter l’urine et la conserver ?
Contenant : le stockage de l’urine dans un récipient fermé est essentiel afin d’éviter d’une part l’émanation de mauvaises odeurs ainsi que la volatilisation de l’ammoniac.
Durée du stockage : 6 mois pour éviter la contamination des sols par des résidus chimiques et pathogènes (médicaments, virus, bactéries…). Cette préconisation est indiquée par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé).
Conditions de conservation : A température ambiante et à l’abris de la lumière
Contrairement aux idées reçue, l’urine n’est pas stérile, cependant elle ne contient pas de microorganismes pathogènes sauf il elle a été en contact avec les matières fécales ou en cas d’infection urinaire.
La récupération de l’urine peut présenter certaines contraintes, qui varient notamment selon le sexe de la personne et la quantité que l’on souhaite récolter. Les principales méthodes de collecte sont les suivantes :
- Par un système de « cuvette séparative » des matières fécales et des urines. Ce dispositif peut être plus facilement installé dans des toilettes sèches (photographie en haut)
- Grace à des « urinoirs secs » à usage masculins (photographie en bas à gauche) ou féminin (photographie en bas à droite)
- Par la collecte directe dans un seau, ce qui implique pour les femmes d’utiliser un « pisse-debout ».


Quels sont les risques d’une utilisation excessive de l’urine ?
Pour les plantes :
Une application excessive d’urine peut provoquer des brûlures des feuilles et des racines, pouvant aller jusqu’à la mort de la plante.
Certaines cultures sont sensibles à la quantité de sel présent dans les sols, c’est le cas de la carotte par exemple pour laquelle l’utilisation d’urine humaine n’est pas recommandée. A contrario, la betterave est une plante halophyte, la plantation de betterave après l’utilisation de l’urine au potager permettra de minimiser le risque d’accumulation de sel dans le sol.
Pour les sols et l’environnement :
Selon la nature du sol, l’apport trop important d’urine peut entraîner :
- une pollution des nappes phréatiques liée au lessivage de l’azote,
- une accumulation de sels dans le sol, pouvant entraîner une toxicité pour les plantes et une dégradation progressive de la structure du sol.
Par ailleurs, un mauvais stockage de l’urine ou la présence de résidus médicamenteux peut accentuer les risques de pollution des sols.
L’urine et le futur :
La récupération de l’urine dans notre vie quotidienne n’est pas un projet futuriste. Dans certaines constructions récentes, des toilettes à séparation de l’urine à la source sont déjà installées, permettant de redistribuer l’urine à des agriculteurs ou à des entreprises de production d’engrais. C’est le cas, par exemple, du nouveau quartier Saint-Paul Vincent qui verra le jour fin 2026 (14ème arrondissement), où la ville de Paris aménagera plus de 600 logements équipés de ce type de toilettes, une fois collectées, les urines seront transformées en un engrais et utilisées au centre de production agricole de Rungis. L’Etablissement Public d’Aménagement Paris-Saclay (EPAPS), sera lui aussi équipé d’urinoirs masculins directement reliés à une cuve d’urine valorisée par un agriculteur local.
Un autre programme en cours d’expérimentation, OCAPI, teste la mise en place de points de collecte d’urine accessibles à l’ensemble de la population. L’urine collectée est ensuite récupérée par les producteurs des AMAP lors de leurs livraisons de légumes.
Parallèlement, certaines entreprises françaises se sont spécialisées dans la récupération d’urine pour la production d’engrais, ainsi que dans la conception de toilettes sèches prêtes à l’emploi.
