Installer une mare dans un jardin, c’est bien plus qu’ajouter un simple point d’eau : c’est créer un écosystème riche qui favorise la biodiversité, contribue à réguler le microclimat et métamorphose l’espace en un lieu à la fois vivant et esthétique.
Qu’elle soit de petite ou de grande taille, son implantation crée un écosystème complémentaire créant des conditions favorables à l’accueil d’une faune et d’une flore spécifiques aux milieux humides.
A l’échelle du territoire, la création de mares par les jardiniers amateurs permet de favoriser les corridors écologiques et de s’inscrire dans une démarche de résilience globale.

Création de la mare : les choix techniques pas à pas
Le choix de l’emplacement
- Abritée du vent afin d’éviter le dessèchement
- Ensoleillée 4 à 6h par jour. Trop d’ombre peut entraîner la prolifération des algues et trop de soleil risque de « surchauffer » l’eau et provoquer la disparition d’espèces ainsi que l’évaporation.
- Au point le plus bas du jardin, afin de capter un maximum d’eau de ruissellement
Les dimensions appropriées
- La surface optimale se situe entre 5 à 10m2. surface minimale recommandée pour abriter quelques insectes et amphibiens est de 2 à 3m2.
- Créer une mare assez profonde pour créer une inertie thermique afin de limiter les changements brusques de température. Une profondeur minimum de 1,2 m est recommandée.
- La création de paliers est essentielle, elle permet à la fois de créer des zones de plantation adaptées aux besoins d’immersion des plantes et de stabiliser les berges en limitant leur érosion. Privilégiez une pente douce inférieure à 5% afin d’éviter les risques de noyades des petits mammifères.

- La mise en place d’un système d’évacuation de l’eau en excès en cas de fortes pluies est indispensable. Deux principales options de trop-pleins peuvent être envisagées : avec ou sans écoulement vers l’extérieur.
- L’option avec évacuation externe consiste à installer un tuyau enterré, positionné à hauteur du niveau « normal » de la mare. Ce tuyau permet l’évacuation de l’eau vers un exutoire naturel (noue ou zone d’humidité temporaire) ou une cuve de récupération. La zone de déverse doit représenter 15à 20% de la surface de la mare. Il est primordial d’installer un grillage à mailles fines à l’entrée du tuyau de trop-plein afin d’éviter la disparition de larves ou d’amphibiens.
- L’autre possibilité consiste à aménager une zone tampon autour de la mare, capable d’absorber et de contenir temporairement l’eau en surplus.
Excavation et imperméabilisation de la mare
- Mettre de côté les cailloux excavés. Ils pourront être réutilisés après la mise en eau pour réaliser les bords de la mare et créer des abris à insectes.
- Créer des merlons avec la terre excavée. Ils jouent un rôle de brise-vent, facilitent l’infiltration de l’eau et retiennent la chaleur.
- En termes d’imperméabilisation deux options sont réalisables :
- Réaliser une mare naturelle (sans bâche plastique) à l’aide d’argile compactée (à la main ou à l’aide d’un engin). Il conviendra dans ce cas de compacter 15 à 20cm d’épaisseur d’argile. L’utilisation de la bentonite si l’argile naturelle n’est pas disponible au jardin (argile d’origine volcanique) peut également être envisagé.
- Installer un géotextile puis une bâche en plastique. L’utilisation d’une bâche de type EPDM, 1mm d’épaisseur est recommandée. Ils présentent le meilleur rapport qualité/prix sur le long terme et conviennent à tout type de forme de mares.

La mise en eau : une étape clé
- Le remplissage peut s’effectuer avant ou après la plantation des végétaux. Il est préférable d’utiliser de l’eau de pluie afin d’éviter les excès de calcaire, chlore ou résidus chimiques. Le remplissage doit être progressif et lent. En cas de remplissage après l’installation des végétaux, il est important de respecter des périodes d’adaptation afin d’éviter de brusquer les plantes.
- Il est préférable d’effectuer la mise en eau au printemps afin d’éviter la stagnation de l’eau durant l’hiver. Cette saison est également idéale pour la plantation des végétaux aquatiques et pour favoriser l’installation des insectes en quête de nouveaux habitats, à l’approche de leur période de reproduction stimulée par la hausse des températures. Toutefois, un remplissage progressif pendant l’hiver, grâce à la récupération des eaux de pluie, reste tout à fait envisageable, voire même recommandé.
La création des berges : entre esthétique et fonctionnalité
- Les abords de la mare peuvent être composés de végétaux, bois morts, enrochements… L’objectif est de recouvrir l’entièreté de la bâche en plastique afin de la maintenir et limiter son exposition aux UV et gels destructeurs.
- La création de zones peu profondes est importante afin de permettre à la « petite faune » de venir s’abreuver.
- La mise en place d’une rampe « anti-noyade » — comme une planche en bois, une vieille souche ou un morceau de grillage — est fortement recommandée. Elle permettra aux petits animaux (comme les hérissons) de sortir facilement de l’eau et offrira aux oiseaux un perchoir ainsi qu’un point d’abreuvement durant la journée.
Références :
- Gilles Leblais, Je crée ma mare naturelle, Éditions Terre Vivante.
- Emmanuel Régent, Créer et aménager une mare, Éditions Ulmer.
- Vidéos Permaculture Design sur youtube : Créer une petite mare dans son jardin en permaculture



