Après la création d’une mare au jardin, c’est la diversité de la faune et de la flore qui viendra l’enrichir et constituera la véritable valeur ajoutée du projet. Cependant, l’installation d’un écosystème équilibré demande du temps et se fait étape par étape… Patience donc ! Il est important de laisser la nature agir d’elle-même. Toutefois, il est possible de donner un coup de pouce au milieu en introduisant quelques végétaux bien choisis. Le choix des espèces introduites doit être fait avec soin, car certaines plantes exotiques ou envahissantes peuvent engendrer des déséquilibres irréversibles sur le milieu.
Quels végétaux implanter dans une mare naturelle ?
Dans un premier temps, il est préférable de laisser les plantes locales coloniser naturellement les abords de la mare . La végétation spontanée colonise progressivement la mare au cours de la première année.
La liste ci-dessous présente des végétaux disponibles en jardinerie, adaptés à l’introduction dans une mare naturelle.
Avant leur implantation, il est essentiel de s’assurer de la compatibilité de ces végétaux avec les conditions climatiques du site d’implantation. La plantation est préférable au printemps, lorsque les températures commencent à augmenter, mais elle reste possible jusqu’en octobre selon les régions. L’essentiel est de prévoir quelques semaines d’enracinement avant les premières gelées. Concernant la densité, il est recommandé de limiter la plantation de 2 à 3 plants par mètre carré afin de préserver de l’espace pour le développement naturel de la flore spontanée.

Les plantes aquatiques :
- Les hydrophytes sont des plantes qui vivent totalement immergées. Elles s’installent par bouture au fond de l’eau.
Ceratophylle (Ceratophyllum demersum); Renoncule flottante (Ranunculus fluitans) - Les plantes flottantes sont des plantes qui ne nécessitent pas d’encrage. Elles peuvent être déposées directement à la surface de l’eau.
Aloès d’eau (Stratiotes aloides), Morène des grenouilles (Hydrocharis morsus ranae) - Les plantes flottantes et enracinées sont souvent des plantes à rhizomes et gros boutons floraux. Elles doivent être implantées entre mars et mai. Les rhizomes sont déposés au fond de la mare, les bourgeons peuvent être immergés lors de la plantation.
Nénuphar jaune (Nuphar lutea), Nénuphar blanc (Nymphaea alba) - Les plantes de berge (hélophytes) sont des plantes qui « ont les pieds dans l’eau ». Elles peuvent être de profondeur moyenne, faible ou de bordure.
Plantin d’eau (Alisma plantago-aquatica), Sagittaire (Sagittaria sagittifolia), Faux-Nénuphar (Nymphoides peltata), Trefle d’eau (Menyanthes trifoliata) - Les plantes de zone humide (hygrophytes), devront être plantées en été ou à l’automne.
Reine des près (filipendula ulmaria), Soucis d’eau (Caltha palustris), Prêles (Equisetum sp.) - Les algues contribuent à la clarté et à la stabilité de l’eau. Elles sont responsables de l’oxygénation de l’eau.
Les spirogyres (Spirogyra), Cératophylle (Ceratophyllum demersum).
Eviter la plantation de bambous et roseaux (phragmites, miscanthus) qui risquent de perforer la bâche par leur système racinaire.



La faune sauvage des mares naturelles
La mise en place d’une mare au jardin, permet à de nombreuses espèces de plantes et d’animaux de coloniser ce nouveau milieu. La flore aquatique joue un rôle essentiel dans l’épanouissement de la faune : elle constitue à la fois une source de nourriture, un abri et un refuge.
Vitesse de colonisation
Les études montrent que l’essentiel des espèces colonisent une mare dans la première année suivant sa création ou sa restauration. Cependant, la vitesse de colonisation dépend de nombreux facteurs : l’ensoleillement, la surface, la situation géographique.

En fonction du temps d’inondation :
Au bout de 3 semaines de mise en eau, à ce stade, la richesse faunistique est encore faible. On retrouve principalement des crustacées, quelques mouches et moustiques. A ce stade, la prédation est principalement régulée par quelques coléoptères (Agabus nebulosus).
Après 1 à 3 mois d’inondation, il est possible d’observer des macro-crustacés et les premiers insectes migrants principalement des coléoptères herbivores ou détritivores. Les oiseaux commenceront à venir s’y rafraîchir et s’y abreuver. Certains choisiront de s’y sédentariser, d’autres seront seulement de passage. Il sera également possible à cette période que des hérissons et autres petits mammifères viennent occuper les lieux à la tombée de la nuit.
Après 8 mois, la richesse faunistique de la mare ne fait que s’accroître, de ce fait, des insectes prédateurs commencent à apparaître comme les libellules, les notonectes et les coléoptères (Gerris, Dytiques). Prochainement, il sera également possible d’observer l’installation des premières espèces d’amphibiens (tritons, grenouilles, crapauds, salamandres, etc.).
Une fois ces hôtes installés, ils interagiront les uns avec les autres jusqu’à atteindre un équilibre naturel. Les différentes interactions de ce milieu sont réunies dans le concept de la mare naturelle ci-dessous.

Selon les caractéristiques de la mare :
La vitesse de colonisation par la faune de la mare dépend également des conditions d’éclairement de cette dernière et de son accessibilité pour les oiseaux (mares en terrain dénudé, mares forestières, etc).
Un autre facteur pouvant influencer l’arrivée de la faune sauvage dépend de la présence ou non de point d’eau (rivières, lacs, étangs, etc) à proximité de la mare, permettant des échanges de faunes entre biotopes aquatiques. La superficie de la mare ainsi que sa profondeur peuvent également influencer le nombre et le type d’espèces susceptibles de la coloniser.
Attention à la faune introduite
Tout comme les végétaux envahissants, l’introduction d’amphibiens endémiques est également déconseillée, les amphibiens viendront coloniser la mare naturellement, les introduire pourrait les condamner à une fin tragique ou déséquilibrer un milieu en introduisant accidentellement des espèces envahissantes. L’introduction de poissons dans la mare est également déconseillée, ces derniers compromettent la cohabitation des différents occupants de la mare.
Ressource complémentaire :
- Les mares temporaires méditerranéennes, Volume 1 – Enjeux de conservation, fonctionnement et gestion, Grillas P., P. Gauthier, N. Yavercovski & C. Perennou