Jardiner sans tourbe : un geste simple pour préserver nos tourbières

La tourbe : une ressource lente à naître, dont l’exploitation est lourde de conséquence

La tourbe est une matière naturelle formée très lentement au fil des millénaires par l’accumulation de matière organique non décomposée. Cette matière organique résulte de l’accumulation de plantes, en particulier les sphaignes (mousses typiques des tourbières), partiellement décomposées en milieu humide. Il existe des tourbes brunes ou blondes en fonction des végétations d’origine. Les tourbières (écosystème source de la tourbe) sont des milieux pauvres en oxygène, humides, ces conditions réunies ont pour conséquence de bloquer la décomposition végétale. Par ce processus unique, la tourbe obtenue présente des propriétés physiques particulières. Dans la fabrication de substrats, les qualités de la tourbe les plus recherchées sont sa stabilité, sa capacité de rétention d’eau et son l’absence de pathogènes. La tourbe est une matière naturelle non renouvelable à l’échelle humaine, dont l’exploitation entraîne de nombreux impacts environnementaux. Il est donc essentiel que son usage soit encadré et limité de manière raisonnée.

Photographie d’une tourbière en exploitation, Ecosse, 1993. Pom' from France, European Union, CC BY-SA
Photographie d’une tourbière en exploitation, Ecosse, 1993. Pom' from France, European Union, CC BY-SA
Il faut environ 100 ans pour que 5 cm de tourbe se forment (OFB).

Conséquences environnementales de l’exploitation des tourbières

Les tourbières jouent un rôle crucial dans le stockage du carbone organique depuis des siècles. Cependant, lorsque la tourbe est extraite, ce carbone est mis au contact de l’air, ce qui provoque sa décomposition et la libération de dioxyde de carbone (CO2). L’exploitation de la tourbe implique le drainage des tourbières, un processus qui, même après la fin de l’extraction, continue d’assécher durablement le milieu

Les tourbières couvrent 3 % de la surface terrestre, mais stockent à elles seules 30 % du carbone des sols mondiaux (FAO)
Menace pour la biodiversité

L’exploitation des tourbières entraîne une forte perte de biodiversité. Ces milieux naturels abritent des zones de reproduction et des habitats essentiels pour de nombreuses espèces d’oiseaux, d’amphibiens (comme les crapauds et les grenouilles rousses), reptiles et d’insectes (libellules, papillons). De nombreuses espèces végétales protégées comme les carex, les phragmites, les sphaignes, les droseras (plantes carnivores) et bien d’autres sont dépendantes de ces écosystèmes.

Menace pour les écosystèmes voisins

L’extraction de la tourbe perturbe les cycles hydrologiques naturels. Composées à 90 % d’eau, les tourbières remplissent une fonction clé dans la régulation de l’eau. Leur exploitation peut donc avoir des répercussions négatives non seulement sur les écosystèmes, mais aussi sur les communautés humaines voisines. En cas d’événements climatiques extrêmes comme de fortes pluies, les tourbières jouent un rôle d’éponges essentiel dans la limitation des risques d’inondations.

Des puits de sciences inestimables

Les tourbières sont des encyclopédies vivantes pour les scientifiques anthropologues et climatologues, leur destruction engendrerait des pertes d’information notables. Par exemple, les scientifiques étudient les pollens et restes de végétaux stockés dans la tourbe depuis des millénaires afin de reconstituer l’histoire des climats et des environnements passés.

 

Des conditions d’exploitation contrôlées

Au vu des nombreuses conséquences dues à l’exploitation des tourbières, la réglementation sur l’exploitation de ces dernières est de plus en plus stricte. En France, l’exploitation des tourbières sur le territoire français est soumise à une législation contraignante et cette activité est vouée à disparaître. Dans d’autres pays d’Europe comme l’Irlande et l’Allemagne, très peu de licences d’exploitation sont renouvelées et l’importance de substituer la tourbe dans les terreaux horticoles devient primordiale.

Quelles sont les alternatives à la tourbe ? Comment changer ses habitudes ?

La majorité des terreaux disponibles dans le commerce, y compris les terreaux biologiques, contiennent de la tourbe. Cela s’explique par ses propriétés particulièrement intéressantes : une excellente capacité de rétention d’eau, l’absence de pathogènes, une légère acidification du substrat facilitant l’assimilation des minéraux, ainsi qu’une texture souple qui favorise le développement des jeunes racines. Aujourd’hui il est important de bien lire les étiquettes des sacs de ‘terreau’ afin d’éviter toute confusion. Certains fabricants de substrats proposent des terreaux sans tourbe qui contiennent des mélanges de matériaux de substitution comme la fibre de bois, la vermiculite, les écorces de pin, le compost… Opter pour un terreau sans tourbe permet de concilier jardinage et protection de la nature. Attention cependant à ne pas remplacer un terreau à base de tourbe par un terreau à base de fibres de coco qui a un impact écologique médiocre dû à leur acheminement.

Sac_terreau-©JardinerAutrement
Composition d'un sac de terreau "bio" ©JardinerAutrement
Tableau_matériaux_alternatifs_tourbe_@JardinerAutrement
Tableau_matériaux_alternatifs_tourbe_@JardinerAutrement

Recette maison pour réaliser son propre terreau.

Terreau de compost :
Ingrédients : Terre du jardin et compost (ou partie solide du lombricompost)
1. Tamiser la terre et le compost pour retirer les parties grossières
2. Mélanger à parts égales le compost et la terre, si la terre du jardin est très argileuse, il est possible d’ajouter du sable au mélange.
3. Vous pouvez également ajouter de fins copeaux de bois ou de la vermiculite pour aérer votre terreau.
4. Arroser le mélange réalisé.

Le terreau de compost peut être utilisé pour réaliser ces propres semis et enrichir la terre du jardin (potager ou ornement).

Terreau de feuilles :
Ingrédients : feuilles mortes (saines et non malades). Les feuilles de tilleuls et érables se prêtent particulièrement bien à l’exercice.
1. Récolter les feuilles humides puis les broyer
2. Placer les feuilles dans un contenant opaque (bac en bois…) en contact avec le sol (terre du jardin).
3. Placer le contenant à l’ombre et attendre 18 mois que la décomposition s’effectue. Par temps trop sec, arroser la préparation pour éviter qu’elle ne sèche. Aérer de temps en temps afin de favoriser la décomposition.
4. Pour accélérer la décomposition, il est possible d’ajouter à la surface du mélange des feuilles d’ortie ou de consoude ainsi qu’une couche de compost.

Le terreau de feuille pourra être utilisé préférentiellement pour enrichir la terre du jardin (potager ou ornement).

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