Lauréat 2014: le jardin de Guillaume Widiez à Auve (51)

Portrait de jardinier

Guillaume Widiez aimait tant la Nature qu’il en a fait son métier. Aujourd’hui technicien sur les thématiques de biodiversité à la Dreal (Direction Régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) Champagne Ardenne, ses jardins potagers et d’ornement sont ses terrains de jeu et d’observation favoris… pour le plus grand bonheur de sa famille et de ses amis.

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Depuis l’enfance, Guillaume Widiez aime à regarder les insectes et les oiseaux pendant des heures. Diplômé en gestion et protection de la Nature, Guillaume possède toutes les connaissances pour pouvoir évaluer non seulement la richesse de son domaine mais aussi l’impact de ses techniques respectueuses de jardinage. Guillaume aime à diffuser ses observations et ses connaissances auprès de ses amis, de ses voisins. Il participe volontiers à des animations locales et sur Internet à des groupes de sciences participatives, comme avec le Museum National d’Histoire Naturelle, Noé Conservation, Terre Vivante ou encore la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux).

Sa vision du jardin

Un jardin dédié à la biodiversité

Le jardin de Guillaume est fleuri une grande partie de l’année. Les capucines s’étalent entre les cultures. Les dahlias et rudbeckias forment d’opulents massifs. Le trèfle blanc pousse abondamment au pied des arbres. Des engrais verts occupent la moindre parcelle libérée. «Un bon engrais vert doit absorber les excès de nitrate, protéger le sol et préparer la culture suivante, explique Guillaume. Pour choisir la bonne espèce, je tiens compte de la culture précédente et surtout de la suivante. J’utilise souvent des mélanges qui contiennent de la vesce : seigle/ vesce, phacélie/ vesce ou moutarde/ vesce ».

 

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En contrebas du terrain, Guillaume a préservé et réhabilité une roise. Ces anciennes mares étaient répandues autrefois dans tous les terrains de la commune et servaient à rouir le chanvre. Une chance pour arroser si besoin mais surtout un élément essentiel pour attirer la faune et recréer un écosystème vivant qui, à l’image de tout le jardin, respecte les cycles de la matière et de l’eau…

Le jardin est enfin très accueillant pour les oiseaux qui s’arrêtent volontiers ici pour quelques jours ou pour plus longtemps. Parmi les plus rares, Guillaume a rencontré la cigogne noire, le pic noir et le faucon hobereau. Le jardin compte de nombreux nichoirs appréciés par les mésanges, rouges-gorges, grimpereaux des jardins et autres troglodytes. Guillaume a aussi renoncé à avoir un chat…

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Le jardin en pratique

L’expérience des traitements naturels

Guillaume n’utilise pas de traitements chimiques à l’exception de quelques traitements anti-limaces (phosphate de fer) en cas de fortes attaques, ou d’une rare pulvérisation de bouillie bordelaise pour des plantes très sensibles au mildiou.

Produire des tomates ou des pommes de terre exemptes de mildiou, ou des cucurbitacées avec des attaques d’oïdium limitées, tels sont les défis que Guillaume a su relever en utilisant des traitements naturels le plus souvent faits maison.

Constatant aussi que ses fruitiers avaient tendance à avoir des carences, Guillaume utilise du purin d’ortie et surtout des jus d’algues marines (ramenées de Normandie). Le purin d’ortie fait partie des biostimulants utilisés en routine en pulvérisation sur toutes les cultures du jardin.

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La préservation de la faune auxiliaire

Toutes les plantes mellifères sont favorisées et encouragées. « J’évite si possible les plantes à fleurs doubles et je laisse un maximum de plantes mellifères entre les rangs ». Pour favoriser les pollinisateurs, en particulier les osmies et les bourdons, il multiplie les gîtes à insectes à proximité des massifs, y compris en hiver. Il n’est pas question pendant l’été et à l’automne d’ôter à l’aveugle les fleurs fanées et les plantes adventices. Ce n’est qu’au printemps que les massifs seront nettoyés et que les parties fanées seront éventuellement mises en tas. « Il y a là un gros travail d’éducation pour que les gens acceptent un jardin pas trop ’ propre’…», constate Guillaume qui recherche en permanence la création d’un équilibre naturel dans le but de limiter les ravageurs.

Dans tout le jardin, le long des bordures, des massifs et du potager en bout de planches, les aromatiques, ciboulette, sauges ou menthes, sont les bienvenues. De l’absinthe pousse au pied des fruitiers. Là encore, l’idée est de favoriser la biodiversité, les auxiliaires et les bonnes associations.

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Un refuge pour la Nature

Pour les chauves-souris, Guillaume attache sur ses fruitiers des plaques d’écorces d’arbres qui serviront de nids ou de cache. Une dizaine d’espèces de chiroptères ont été identifiées dans le jardin dont la Barbastelle d’Europe. Sachant qu’une grande partie de son alimentation est constituée de papillons de nuit, c’est l’aide idéale contre les carpocapses des fruits, dont les chenilles sont si néfastes aux pommes, poires et prunes.

 

Ses conseils

Un plan en carré pour favoriser la biodiversité

Guillaume cultive le terrain à l’arrière de la maison et un second terrain un peu plus loin dans la rue, qu’une voisine a mis à sa disposition, soit au total plus de 1000 m². Chaque parcelle cultivée est minutieusement morcelée, souvent en carrés de tailles réduites de façon à favoriser la biodiversité, séparés par des allées engazonnées. Les légumes qui demandent le plus d’espace sont les cucurbitacées et dans une moindre mesure les pommes de terre. Pour le reste, Guillaume multiplie les variétés et les emplacements et observe des rotations d’une année sur l’autre pour limiter les maladies.

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De rares envahisseurs

Guillaume laisse une grande place à la nature. Un nid d’abeilles noires a même été conservé dans le sous-toit de la maison. Les seules exceptions à son sens de l’accueil sont des rats taupiers qu’il tue parfois à l’aide d’un piège à guillotine ou encore quelques plantes invasives comme la renoncule rampante ou le faux fraisier, qu’il tente de limiter par un arrachage minutieux ainsi que par une couverture systématique du sol. Quant aux gastéropodes, l’utilisation de phosphate de fer reste occasionnelle. Par contre les poules attendent avec une grande impatience en fin d’après-midi qu’on leur ouvre l’enclos pour une promenade au potager… le temps de débarrasser leurs hôtes d’une majorité de limaces et d’escargots.

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