Qu’est ce qu’un jardin de soins ?

« Le jardin de soin est un lieu de partage thérapeutique, par le biais de la nature, il constitue un complément et non une alternative aux thérapies traditionnelles » Paule LEBAY (Créer un jardin de soin, Edition terre vivante)

Jardin de soin, jardin thérapeutique, jardin curatif, jardin palliatif, jardin médical… De quoi s’agit-il exactement ?

Bien que les termes « jardin thérapeutique » et « jardin de soin » désignent le même type d’espace, l’expression « jardin thérapeutique » est souvent employée de manière générique pour qualifier des formes de jardins similaires — tels que les jardins curatifs, de cicatrisation, de rééducation — ou encore les jardins de plantes médicinales, dont la vocation n’est pas d’offrir un soin psychologique direct, mais de produire des végétaux aux propriétés médicinales. Toutefois, un jardin de soin peut parfaitement etre composé d’espaces spécifiques dédiés aux vocations de ces jardins similaires.
Il est important de ne pas confondre les jardins de soin avec l’hortithérapie qui elle désigne l’ensemble des activités thérapeutiques pouvant être réalisées — ou non — dans ce type d’espace.

Senior Adult Woman Sitting on Wheelchair in a Park © Rawpixel.com
Senior Adult Woman Sitting on Wheelchair in a Park © Rawpixel.com

Un peu d’histoire

Les premiers jardins associés à la santé sont apparus à la période Perse au VIIIème siècle, implantés à proximité des bîmâristâns (établissement hospitalier pour les malades dont on espère la guérison) et étaient considérés et utilisés tel un support « médicinal ».
Les premiers espaces de promenades sont aménagés au XIXème siècle dans les hôpitaux pour préserver les citadins de la nocivité des hôpitaux de l’époque où les conditions d’accueil sont effroyables et les risques de contamination élevés.
En 1830 émergent les premières institutions mentales. Leurs implantations en zone rurale ont permis la naissance des premiers jardins utilisés comme outils thérapeutiques par le travail agricole (production et récolte).
Au XXème siècle, l’arrivée des deux guerres et le phénomène d’urbanisation de la population, ont eu pour conséquence la perte de cette pratique de jardin thérapeutique, ces derniers réapparaîtront dans les années 1970 sous forme « d’hôpital-parc ». A cette même période apparaissent les premiers ouvrages scientifiques mettant en évidence la relation entre nature et santé.

Le rôle et fonctionnement des jardins de soins :

Le fonctionnement des jardins thérapeutiques repose sur plusieurs principes qui agiront différemment en fonction de chaque personne et de chaque pathologie. Trois des fonctions que peuvent endosser les jardins de soins sont détaillées ci-dessous :
Rôle d’activateur de sens : grâce à la diversité de sa végétation (couleurs, textures, hauteurs…), le jardin devient un véritable outil de stimulation, d’évasion, de distraction et un espace refuge pour les patients.
Le lien entre l’expérience au jardin et la santé a fait l’objet de nombreuses études. Elles ont mis en évidence que le contact des mains avec la terre contenant la bactérie Mycobacterium vaccae favorise la libération de sérotonine, une hormone impliquée dans la régulation de l’humeur et associée au bien-être.
D’autres recherches indiquent que l’esthétique du jardin et son évolution au fil du temps peuvent entraîner lors de moments de relaxation et de contemplation au jardin une récupération « mentale grâce à l’attention indirecte et à la fascination douce qu’offre le milieu naturel ».
Rôle de lieu de support d’activités (optionnel) : le jardin peut également devenir un outil et un lieu de support pour pratique l’hortithérapie.

Rôle d’incubateur social : le jardin devient un espace où se retrouvent, dans un cadre plus familier, les patients, le personnel soignant, les familles, et parfois même des personnes extérieures (bénévoles, scolaires…). Cette forme de thérapie sociale est particulièrement intéressante, mais elle doit être encadrée afin d’éviter certains déséquilibres entre patients, notamment lorsque certains n’ont pas de proches. L’accès du jardin à des personnes extérieures à l’établissement peut représenter autant d’opportunités que de contraintes, notamment en matière de sécurité. Ce choix doit donc être ajusté en fonction des pathologies et des besoins des usagers.

A young nurse pushes a patient's wheelchair out into the hospital's wide garden for fresh air ©TEEREXZ
A young nurse pushes a patient's wheelchair out into the hospital's wide garden for fresh air ©TEEREXZ

« Chacun de nous peut être amené, à un moment ou à un autre, à fréquenter un jardin de soin » Paule Lebay

La composition du jardin de soin

La composition du jardin de soin dépend de nombreux facteurs, l’un des principaux étant de réaliser un jardin adapté aux pathologies des destinataires. Elle peut également dépendre du lieu d’implantation du jardin s’il est accolé à l’établissement, dans un patio au sein de l’établissement ou englobé autour de l’établissement. La situation géographique du jardin aura ainsi une incidence sur l’utilisation du jardin et le type de structures à prévoir.
Voici quelques notions non-exclusives à prendre en compte lors de la réalisation d’un jardin de soin, en gardant en mémoire que l’aménagement du jardin peut jouer un rôle primordial dans l’accompagnement des bénéficiaires à atteindre leurs objectifs pédagogiques.

Les différents espaces :

o Zone d’activité : la variation des hauteurs des espaces cultivés (bacs hors-sol, butte ou parterres…) est particulièrement recommandée dans les jardins de soin. Cela permet de rendre des espaces de cultures aux personnes en fauteuils roulants et de solliciter différentes parties du corps lors des activités d’hortithérapie.
o Zone de détente : mise en place d’assises à des emplacements stratégiques et adaptées aux besoins des bénéficiaires : ombre et soleil disponibles aux différentes heures de la journée.
o Zone de déambulation et de rencontre : elles permettent notamment aux utilisateurs de s’y promener en famille ou avec d’autres patients de l’établissement.
o Zone aquatique : souvent délaissé pour des raisons de sécurité et de risque de transmission de pathogènes dans l’eau stagnante, les points d’eau apportent de nombreuses vertus sur la santé et le sentiment de bien-être.

Faciliter l’accessibilité pour tendre vers une autonomie des usagers :

o Faciliter la circulation pour tous : la mise en place de revêtements peut être nécessaire, varier les textures de sols apporte également une dimension intéressante pour les utilisateurs.
o Le dénivelé : il ne doit pas dépasser 3% de pente dans un jardin de soin afin d’éviter que cette dernière devienne un obstacle à la déambulation de certains utilisateurs.
o La distance entre les différents espaces doit être optimisée, relativement courte pour éviter le découragement d’une personne à se rendre à destination. L’installation de zones de repos peut être prévue si le parcours ne peut pas être réduit.

Esquisse du projet jardin thérapeutique de Vezenne ©E.Lutton
Esquisse du projet jardin thérapeutique de Vezenne ©E.Lutton

La sécurité et le confort :

Le sentiment de sécurité est primordial pour les utilisateurs et peut être favorisé lors de la conception (installation de mains courantes, réalisation de petits espaces…) et par la mise en place de règles de gestion du jardin afin d’éviter des accidents (pas d’outils tranchants, gestion des encombrants…).

La surface du jardin :

Il n’y a pas de surfaces minimales pour créer un jardin thérapeutique. Cela dépend du budget et de l’investissement, les petites surfaces permettent d’être maîtrisées plus facilement tandis que les plus grands jardins permettent d’ouvrir un champ des possibles plus grand.

Les ressources essentielles :

Bien que les éléments cités soient essentiels à la conception d’un jardin de soin, ils doivent impérativement être pensés en fonction des ressources primaires nécessaires à ces jardins : le budget disponible, l’accès à l’eau, les ressources humaines disponibles pour l’entretien du jardin (personnel, bénévoles, usagers…). Un exemple concret de jardins de soins : le jardin de soins à l’Ehpad de Bournezeau en Vendée.

Quels végétaux pour un jardin de soins ?

Les arbres sont essentiels pour créer de l’ombrage et attirer la biodiversité aérienne. Plus de 2000 espèces d’arbres et sont utilisables sous nos climats, pamis ceux-ci il est possible de citer : Gleditsia tricanthos inermis, Albizia julibrissin, Sophora japonica, Catalpa bignonioides
Les haies jouent un rôle de clôture et de brise-vue, contribuant ainsi à renforcer le sentiment de sécurité.
Les fleurs jouent un rôle essentiel dans l’évocation des sens, la palette végétale doit être choisie afin de permettre : d’identifier les changements de saisons, d’attirer les papillons et les oiseaux (Passiflora incarnata), stimuler l’odorat, la vue et le toucher (Amaranthus gangeticus) et faire appel à des souvenirs par des plantes connues de tous (Rosa)
Le choix des plantes à intégrer dans un jardin de soins et vaste et dépend de nombreux facteurs, tels que le climat, les usages prévus ou le type de sol. Pour faciliter cette décision, il est possible de recourir à l’outil Floriscope, qui permet de rechercher des végétaux en fonction des critères recherchés.
Les végétaux « dangereux » : il existe différents degrés de dangerosité des plantes, l’objectif n’est pas d’interdire complètement la plantation de ces derniers mais de jongler avec leur emplacement dans le jardin (accès par les utilisateurs) et leur niveau de toxicité pour l’homme.

Sources :
Webconférence organisée par l’association Jardinot avec Paule Lebay
Lebay, Paule. Créer un jardin de soin. Éditions Terre Vivante.
Pellissier, Jérôme Juliette. Jardins thérapeutiques et hortithérapie. Éditions Dunod.
Alyssia Vichery. Sur le chemin de la Réminiscence : de la nature du jardin thérapeutique en milieu gérontologique. Sciences de l’Homme et Société. 2019. ffdumas-03229119

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